
- Le sarouel n’est pas un vêtement islamique au sens strict, puisque l’islam n’impose aucune tenue précise et que ce pantalon vient de Perse.
- Les musulmans l’ont pourtant adopté dès l’époque du Prophète ﷺ, qui en a lui-même acheté un.
- Un sarouel ample respecte les règles de pudeur, à condition de ne pas mouler le corps et de ne pas être transparent.
- Parmi les vêtements des musulmans, le Coran ne nomme que le khimar et le jilbab, que les femmes portent tous les deux.
Le sarouel n’est pas un vêtement islamique au sens strict, parce que l’islam n’impose aucune tenue précise et que ce pantalon ample vient de Perse. Les musulmans l’ont pourtant adopté dès l’époque du Prophète ﷺ, qui en a lui-même acheté un sur un marché, et il a ensuite gagné tout le Moyen-Orient et le Maghreb. Il doit donc sa réputation à son histoire et à sa coupe, qui répond bien aux règles de pudeur, plutôt qu’à un texte religieux.
Table des matières
Ce que l’islam demande à un vêtement
Dar al-Ifta d’Égypte résume la règle dans sa fatwa n° 8288. Elle écrit que l’islam n’ordonne pas aux musulmans, hommes et femmes, de porter un habit bien déterminé, et qu’il leur laisse choisir la tenue qui convient à leur époque et à leur région. Le Coran parle de vêtements qui couvrent la nudité (sourate Al-A’raf, verset 26), sans jamais décrire une coupe. Ibn Abbas, compagnon et cousin du Prophète ﷺ, résumait cette liberté en une phrase que Boukhari cite en tête de son Livre du vêtement.
كُلْ مَا شِئْتَ وَالْبَسْ مَا شِئْتَ، مَا أَخْطَأَتْكَ اثْنَتَانِ سَرَفٌ أَوْ مَخِيلَةٌ
« Mange ce que tu veux et porte ce que tu veux, tant que tu évites deux choses, l’excès et l’orgueil. » Ibn Abbas, cité par Boukhari
Les savants ont donc fixé des conditions plutôt qu’un uniforme, et n’importe quel vêtement peut les remplir.
- Couvrir ce qui doit l’être. L’homme couvre au minimum ce qui va du nombril aux genoux selon l’école hanafite, et la femme tout le corps sauf le visage et les mains, même si les écoles débattent du statut du visage et des mains.
- Ne pas être transparent. Un tissu qui laisse voir la peau ne couvre rien, et Dar al-Ifta s’appuie ici sur un hadith d’Abou Dawoud au sujet d’Asma, fille d’Abou Bakr.
- Ne pas mouler. La tenue ne doit pas dessiner les formes du corps, une règle que Dar al-Ifta applique aux hommes comme aux femmes.
- Rester sobre. La même fatwa écarte le vêtement de faste qui attire les regards, et Boukhari rapporte qu’Allah ne regarde pas celui qui traîne son vêtement par orgueil.
- Respecter les règles propres à chacun. Les hommes ne portent ni soie pure ni or, et chacun garde une tenue propre à son sexe.
Un pantalon persan peut remplir ces conditions aussi bien qu’une tunique arabe, et le sarouel en est justement un.
D’où vient le sarouel ?
Un mot et un pantalon venus de Perse
Le mot arabe sirwal, au pluriel sarawil, vient du persan shalwar, comme le rappellent les dictionnaires arabes anciens tels que le Taj al-Arous. Les Grecs avaient déjà emprunté ce terme sous la forme sarabara pour désigner les pantalons amples des Scythes, alors que les Arabes de la péninsule portaient surtout, au temps du Prophète ﷺ, un pagne et un manteau. Le pantalon n’a donc rien d’arabe à l’origine, et les musulmans l’ont reçu de la Perse avant de le transmettre à leur tour.
Un même vêtement, des dizaines de noms
Le pantalon a changé de nom à chaque frontière, en gardant la même racine. Les Turcs et les Azéris disent şalvar, les Kurdes shawal, les locuteurs de l’ourdou shalwar, les Kazakhs şalbar, et le français hésite encore entre sarouel, seroual et saroual. Les Kabyles parlent d’aserwal, et le Maghreb a donné au vêtement sa forme la plus reconnaissable, avec une entrejambe très basse, près des genoux, et un serrage aux chevilles qui laisse passer l’air tout en protégeant des piqûres de moustiques.
La coupe varie aussi d’une région à l’autre. Les artisans le taillent le plus souvent dans du coton ou du lin, avec un cordon qui le retient à la taille ou aux hanches, et il existe en version longue et en version courte. En Arabie saoudite, les hommes de la région Ouest préfèrent la version longue, alors que les autres portent surtout la courte.
Des Ottomans à l’armée française
Les Ottomans l’ont diffusé sous le nom de şalvar jusque dans les Balkans, où il a survécu dans les campagnes grecques jusqu’à la Première Guerre mondiale. Les Français l’ont rencontré autrement, puisque les mamelouks de la Garde impériale de Napoléon portaient le seroual, et que les zouaves, les spahis et les tirailleurs d’Afrique du Nord l’ont gardé dans l’armée française de 1830 à 1962. Le modèle a même traversé l’Atlantique, avec les régiments de volontaires dits zouaves de la guerre de Sécession. Il fait partie de ces traces de la présence musulmane en Europe que l’on oublie souvent.
Les hippies des années 1970 l’ont ensuite adopté sur la route de Katmandou, puis MC Hammer en a fait un pantalon de scène dans les années 1990. Un sarouel ne dit donc plus rien de la religion de celui qui le porte.
Le Prophète ﷺ portait-il un sarouel ?
Les spécialistes du hadith s’accordent sur l’achat. Suwayd ibn Qays raconte que le Prophète ﷺ est venu les voir et leur a acheté un sirwal, en demandant à celui qui pesait l’argent de donner un peu plus (Abou Dawoud 3336, Ibn Majah 3579).
Ils divergent en revanche sur la suite. As-Subki affirme qu’il ne l’a pas porté, alors qu’Ibn al-Qayyim et Ibn Hajar estiment qu’il l’a porté ou qu’il en avait l’intention, et le seul récit où il répond « oui » à cette question a une chaîne faible. Personne ne peut donc affirmer qu’il en portait régulièrement.
Sa tenue courante était ailleurs. Umm Salama rapporte que le qamis était son vêtement préféré (Abou Dawoud 4025), un récit que les spécialistes discutent, puisqu’Anas cite plutôt un tissu du Yémen (Boukhari 5813), et l’histoire du qamis montre à quel point cette tunique a marqué les musulmans.
Le sarawil reste parfaitement licite. Boukhari lui consacre un chapitre de son Livre du vêtement, où il rapporte que le Prophète ﷺ a autorisé celui qui ne trouve pas de pagne à porter un sarawil (Boukhari 5804). Cette autorisation vise le pèlerin en ihram, à qui ce pantalon reste normalement interdit (Boukhari 1542).
Pourquoi tant de musulmans le portent aujourd’hui
Une coupe qui convient à la prière
Un sarouel ample ne marque ni les cuisses ni le bassin lorsqu’un homme s’incline ou se prosterne, alors qu’un jean serré tire sur le tissu et dessine le corps. Cette coupe suffit à expliquer pourquoi tant de fidèles le choisissent pour aller à la mosquée, souvent avec un qamis court ou une longue chemise.
Le pantalon classique est-il moins islamique ?
Non, et rien n’oblige un musulman à quitter son pantalon de ville pour un sarouel. Tout habit reste permis en principe, sauf ce qu’un texte interdit, et Dar al-Ifta laisse chacun choisir selon son époque et sa région. Un pantalon droit et assez large remplit donc les mêmes conditions. Il est interdit en revanche d’imiter les vêtements propres aux non-musulmans, mais un pantalon ordinaire se porte aujourd’hui dans le monde entier et n’appartient plus à personne.
La longueur au-dessus des chevilles
Boukhari rapporte le hadith selon lequel ce qui pend sous les chevilles du pagne est au Feu (Boukhari 5787). IslamQA en tire l’interdiction de porter un vêtement qui descend sous les chevilles, alors que d’autres savants, comme An-Nawawi, réservent l’interdiction stricte à celui qui le fait par orgueil. Cette discussion explique le succès du pantacourt et des sarouels coupés au-dessus de la cheville, que beaucoup de musulmans associent aujourd’hui à une pratique religieuse.
Un pantalon devenu courant
Les boutiques proposent désormais le sarouel en jean, en cargo, en jogging ou en lin, parce que les musulmans le portent aussi au travail et en famille. Vérifiez seulement la coupe, car un modèle très ajusté ne remplit plus la condition de ne pas mouler le corps, même s’il garde le nom de sarouel.
En France, un vêtement parfois mal compris
L’armée française a longtemps habillé ses zouaves en seroual, et pourtant ce pantalon passe aujourd’hui pour un signe religieux aux yeux de certains. Aucune loi n’interdit d’en porter dans la rue ou au travail, sauf règlement intérieur propre à l’entreprise. À l’école publique, la note du 31 août 2023 vise l’abaya et le qamis, sans nommer le sarouel, et le Conseil d’État a validé cette interdiction le 27 septembre 2024.
Et pour les femmes ?
Le sarouel n’a jamais été réservé aux hommes, et les couples algériens du XIXe siècle en portaient tous les deux. Une femme peut en porter un à condition qu’il reste ample et qu’il ne soit pas transparent, et elle le met généralement sous une longue tunique qui couvre les hanches.
Les vêtements islamiques des hommes et des femmes
Voici les vêtements que les musulmans portent le plus, avec ce que les textes en disent.
| Vêtement | Porté par | Description et région | Lien avec les textes |
| Qamis | Hommes | Longue tunique, du Golfe au Maghreb et en Europe | Vêtement préféré du Prophète ﷺ selon Umm Salama, récit discuté |
| Izar et rida | Hommes | Pagne et manteau de tissu, aujourd’hui tenue du pèlerin | Tenue courante du temps du Prophète ﷺ, portée en ihram |
| Sarouel | Hommes et femmes | Pantalon ample venu de Perse | Le Prophète ﷺ en a acheté un, Boukhari lui consacre un chapitre |
| Djellaba | Hommes et femmes | Longue robe à capuche du Maghreb | Aucun texte ne la nomme |
| Bisht | Hommes | Manteau d’apparat du Golfe | Aucun texte ne le nomme |
| Turban (imama) | Hommes | Longue étoffe enroulée autour de la tête | Le Prophète ﷺ le portait (Mouslim 1359) |
| Chechia ou taqiya | Hommes | Petite calotte ronde | Ses biographes citent de petites coiffes |
| Ghutra ou keffieh | Hommes | Foulard carré du Moyen-Orient | Islamweb ne trouve aucune preuve que le Prophète ﷺ l’ait portée |
| Hijab | Femmes | Foulard qui couvre les cheveux et le cou | Le mot courant pour le voile prescrit dans la sourate 24, verset 31 |
| Khimar | Femmes | Long voile qui couvre la tête et la poitrine | Nommé dans le Coran (sourate 24, verset 31) |
| Jilbab | Femmes | Grand vêtement ample qui couvre le corps | Nommé dans le Coran (sourate 33, verset 59) |
| Abaya | Femmes | Longue robe ample, souvent noire, du Golfe | Aucun texte ne la nomme |
| Niqab | Femmes | Voile qui couvre le visage | Les écoles divergent sur le visage, loi française de 2010 dans l’espace public |
| Burqa | Femmes | Voile intégral à grille, en Afghanistan | Aucun texte ne la nomme |
| Tchador | Femmes | Grande pièce de tissu qui enveloppe le corps, en Iran | Aucun texte ne le nomme |
Parmi tous ces noms, le Coran ne cite que le khimar et le jilbab, et les musulmans suivent pour le reste les coutumes de leur région, tant que le vêtement respecte les conditions de pudeur.
Alors, vêtement islamique ou non ?
Si l’on entend par vêtement islamique une tenue que le Coran ou la Sunna imposent, le sarouel n’en est pas un, et aucun vêtement d’homme ne l’est vraiment. Si l’on pense à un vêtement que les musulmans portent depuis quatorze siècles en respectant les règles de pudeur, il en offre un très bon exemple. Il raconte surtout comment une civilisation a repris un pantalon perse, l’a adapté à sa prière et l’a transmis jusqu’aux régiments français et aux boutiques d’aujourd’hui.
FAQ : Le sarouel vêtements islamiques ?
Le sarouel est-il obligatoire en islam ?
Non, aucun texte n’impose le sarouel, et l’islam n’impose aucun habit précis. Il suffit que le vêtement couvre ce qui doit l’être, qu’il ne soit ni transparent ni moulant et qu’il reste sobre.
Qui porte des sarouels ?
Les hommes et les femmes en portent au Moyen-Orient, au Maghreb, en Asie et dans les Balkans. Des non-musulmans en portent aussi, depuis les hippies des années 1970 jusqu’aux amateurs de pantalons amples.
Le Prophète ﷺ a-t-il porté un sarouel ?
Il en a acheté un, ce que les spécialistes du hadith admettent. Ils divergent sur le port lui-même, car As-Subki le nie alors qu’Ibn al-Qayyim et Ibn Hajar estiment qu’il l’a porté ou qu’il en avait l’intention.
Peut-on prier en sarouel ?
Oui, la prière reste valable dès lors que le sarouel couvre ce qui doit l’être et qu’il n’est pas transparent. Sa coupe ample convient d’ailleurs très bien à l’inclinaison et à la prosternation.
Une femme peut-elle porter un sarouel ?
Oui, à condition qu’il reste ample et qu’il ne soit pas transparent. Elle le porte généralement sous une longue tunique qui couvre les hanches.
Quels sont les noms des vêtements arabes ?
Les plus connus sont le qamis, la djellaba, le bisht, la ghutra et le keffieh pour les hommes, l’abaya et le hijab pour les femmes. Beaucoup appartiennent à une région plutôt qu’à la religion.
Le qamis est-il un vêtement religieux ?
Aucun texte ne l’impose, mais Umm Salama rapporte qu’il était le vêtement préféré du Prophète ﷺ, et les musulmans y restent attachés pour cette raison. Son histoire remonte à l’Arabie préislamique.
Comment dit-on sarouel en anglais ?
Les anglophones parlent de harem pants pour le pantalon de mode, et emploient sirwal ou shalwar pour le vêtement traditionnel.
